Elle était là, assise sur ce lit auquel elle ne s'habituait pas, et elle avait le regard vide.
; Elle fuma une énième cigarette avant de boire une gorgée du liquide rougeâtre qui remplissait son verre. " Toutes ces choses qui m'viennent, toutes ces choses qui m'quittent. " Elle murmura les paroles tout en écoutant la voix claire de la chanteuse. Elle ne savait pas vraiment comment elle était arrivée là. Elle s'était sans doute perdue en route, elle avait sans doute trébuché et elle avancerait bientôt. Mais peut-être pas. Peut-être qu'elle serait encore là, dans quelques années, dans cette chambre sordide, dans cet hôtel incertain. A cette idée, ses yeux se remplirent de larmes, de larmes brûlantes... Mais elle les ravala et sortit une cigarette, encore, de son paquet. Il était presque vide, celui-là. Elle allait bientôt devoir en acheter un autre. Cette addiction lui coûtait cher et elle ne savait pas vraiment combien de temps elle pourrait encore s'offrir ce luxe... " Moi j'ai déjà tellement d'eau qui fout l'camp. " Elle repassait cette chanson en boucle en essayant de se donner un peu de courage, un peu d'espoir, un peu de volonté. Elle avait l'impression de se noyer dans ses doutes, de se noyer dans son manque de confiance en elle. Ce n'était pourtant pas si difficile, la vie, merde ! Elle n'était pas aussi incapable que ça, non ? Si ? ... Et voilà, encore ! Encore une fois, elle doutait, encore une fois, elle se laissait abattre. Elle n'était visiblement bonne qu'à ça. Pourtant, elle avait bien démarré. Ses études avaient commencé depuis quelques temps, déjà. Elle avait un niveau moyen, mais suffisant. Elle avait des amis, peu, mais suffisants, aussi. Elle vivait là où elle avait toujours voulu vivre : Paris. Alors quoi ? Pourquoi cela ne lui convenait-il pas ? Etait-elle restée une gamine capricieuse qui en demande toujours plus ? N'avait-elle rien appris ? Elle était en colère contre elle-même, elle ne se supportait plus. Enfin, ça, ça ne datait pas d'hier. Ca n'avait pas changé. Elle n'avait pas évolué, au fond. Elle était restée enfermée dans ses doutes, dans cette attitude défaitiste et plaintive. Dans ses innombrables défauts auxquels elle n'avait jamais essayé de faire face. Finalement, elle devait reconnaître que tout était de sa faute. Elle avait beau avoir voulu rejeter ça sur les autres, tout ça venait d'elle. Elle ne faisait aucun effort, elle ne tentait même pas de se battre contre elle-même. Elle attendait que tout tombe du ciel, que ce qu'elle désirait arrive par miracle. Mais ce n'était pas ça la vie, on ne pouvait pas se permettre de jouer de cette façon. Il fallait attraper les meilleures cartes, se donnait le plus possible pour réussir ce que l'on voulait entreprendre. Et elle, alors ? Que faisait-elle là ? Plantée sur cet immonde lit dans un hôtel tout aussi immonde. Elle se leva, se regarda dans la glace et pensa qu'elle ne voulait pas être cette fille qui perdait, qui abandonnait à la première difficulté. Elle ne voulait pas de ça sur sa conscience. Elle allait se bouger, elle allait se remuer et ne pas rester sans rien faire ! Il était hors de question qu'elle se gâche de cette façon, hors de question. Alors, elle se dirigea vers la salle de bain. Elle se remaquilla, se recoiffa et pour la première fois se dit qu'elle n'était pas si horrible, si moche, si grosse, si affreuse. Elle se regarda, elle vit ses défauts, mais ils ne lui parurent pas aussi visibles qu'avant. Elle sourit et se promit de ne plus se laisser envahir par cette obsession. Elle sortit, prit son sac, et sortit de la chambre. Dans l'ascenseur, elle pensa à ses amis qu'elle délaissait par égoïsme et elle se dit qu'il était vraiment temps qu'elle se reprenne ! Arrivée dans le hall, elle paya ce qu'elle devait pour les quatre jours qu'elle avait passé ici, puis elle sortit. Elle sortit, et respira l'air frais de la nuit. Elle avança, sûre d'elle. Elle se mit même à courir, pressée de retrouver sa chambre étroite d'étudiante, de retrouver son amie... Elle voyait déjà la journée qui allait suivre, elle savait que tout irait mieux. Elle avait compris, elle allait y arriver. Parce que c'était ça, la vie, et pas autre chose.
Elle était là, dans cette rue éclairée par quelques réverbères, et elle souriait.